03 avril 2006

Les syndicats demandent une proposition de loi d'abrogation du CPE

Les syndicats veulent obtenir de l'UMP l'abrogation du CPE
LE MONDE | 03.04.06 | 13h03  •  Mis à jour le 03.04.06 | 15h02

l'issue d'un week-end riche en contacts téléphoniques, les principaux responsables syndicaux gardent l'objectif : éliminer le contrat première embauche (CPE) du paysage social et politique. Confrontés à la situation inédite d'une loi promulguée mais qui ne doit pas être appliquée selon le souhait formulé par Jacques Chirac dans son allocution télévisée du 31 mars, les syndicalistes en demandent maintenant l'abrogation.

 

"Il faut abroger, c'est la seule solution", estime Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, tandis que son homologue de la CFDT, François Chérèque, réclame "une loi d'abrogation". Tous, à la veille de la journée de mobilisation du 4 avril qu'ils annoncent importante, expliquent, comme Jean-Claude Mailly (FO), qu'"il n'est pas question d'aménagement du CPE". Pour M. Chérèque, c'est clair : "on ne va pas accepter avec Nicolas Sarkozy ou les députés de l'UMP ce que l'on a refusé à Dominique de Villepin, ce ne serait pas logique", a-t-il indiqué.

"S'ils veulent discuter avec nous, c'est qu'ils acceptent d'abandonner le CPE", fait valoir M. Thibault, qui indique que "Sarkozy laisse entendre que les députés pourraient aller bien au-delà de ce que M. Chirac a dit". Le nouveau président de la CFE-CGC, Bernard Van Craeynest indique qu'"il n'était pas question de se laisser enfermer dans les thèmes avancés par l'Elysée (réduction à un an de la période de consolidation et justification du licenciement)" ; et d'évoquer, comme ses homologues syndicalistes, la modification du contrat nouvelles embauches (CNE) instauré par Dominique de Villepin en août 2005. M. Thibault (CGT) a précisé au Monde qu'"il fallait interrompre les recrutements en CNE et discuter des droits applicables pour les salariés déjà recrutés (en CNE), compte tenu des réserves exprimées par le chef de l'Etat sur la période d'essai et la non-justification du licenciement". Côté étudiant, Bruno Julliard, président de l'UNEF, veut obtenir la garantie que le CPE ne sera appliqué et refuse de discuter sur les bases proposées par Jacques Chirac.

Si les travaux d'approche ont commencé, les grandes manoeuvres ne débuteront pas avant le 5 avril, après la journée de mobilisation du 4 avril. Les syndicats et les organisations d'étudiants et de lycéens comptent pousser l'avantage et mettre sous pression les rédacteurs de la future loi.

La tâche de ces derniers ne sera pas facile. Le président de l'UMP, Nicolas Sarkozy, qui s'est attelé à son nouveau rôle de négociateur - reconnu comme tel par les syndicalistes -, a joint presque tous les dirigeants durant le week-end. A chacun d'eux, le n° 2 du gouvernement, qui entend saisir cette occasion pour infléchir son image libérale et montrer qu'il a définitivement supplanté M. de Villepin, a dit son souhait d'ouvrir "des négociations sans tabou". "On peut parler de tout" a-t-il lancé à l'un d'eux. L'entourage de M. Sarkozy considère que le CPE "est foutu". L'ancien premier ministre Edouard Balladur a estimé, lundi sur Europe1, que le CPE "a disparu, il est mort, tout le monde le sait".

A la manoeuvre aussi, le président du groupe UMP de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, a multiplié les contacts. Un groupe d'une dizaine de parlementaires sera constitué afin de suivre les discussions et de faire des propositions. Le député de Haute-Savoie rendra compte de ces premières discussions, mardi, devant le bureau du groupe UMP puis devant les députés. Ensuite, il enverra officiellement une lettre aux centrales syndicales pour les inviter à une discussion qu'il souhaite aussi "sans préjugés". M. Sarkozy tout comme M. Accoyer sont décidés à accorder tout le temps nécessaire à ce dialogue. L'UMP ne déposera une proposition de loi modificative que fin avril ou début mai.

Soucieux de ne pas perdre de temps, le président de l'Assemblée nationale, Jean-Louis Debré, a souhaité, lundi sur RTL, que la proposition de loi soit déposée dans dix jours. Il en a profité pour égratigner M. Sarkozy, en se moquant de ceux qui veulent "s'autoproclamer responsables de la fin de crise, profiter de la crise pour jouer un rôle personnel". Un autre chiraquien, Henri Cuq, le ministre délégué chargé des relations avec le Parlement, a évoqué la semaine prochaine pour le dépôt de la proposition de loi. Le débat parlementaire ne pourrait avoir lieu, lui, que début mai, compte tenu des vacances parlementaires du 15 au 30 avril.

Entretemps, les opposants anti-CPE voudront maintenir la pression. Si la coordination étudiante a appelé les salariés à "la grève générale", ce qui a le don d'énerver certaines confédérations, les formes de la future mobilisation seront discutées mercredi 5 avril, lors d'une réunion de l'intersyndicale anti-CPE au siège de FO à Paris. Les responsables des organisations de salariés, d'étudiants et de lycéens devront imaginer des formes d'action compatibles avec les vacances scolaires, qui débutent le samedi 8 avril pour la région parisienne et Bordeaux, et se terminent le 9 mai dans neuf académies de province. Une manifestation nationale contre le CPE, le 1er mai à Paris, a déjà été évoquée.

Rémi Barroux et Philippe Ridet


 

Agenda

Manifestations.
A Paris, le défilé partira de la place de la République à destination de la place d'Italie. Des manifestations sont organisées dans tout le pays.

 

 

Transports.
La direction de la SNCF annonce trois TGV sur quatre, 45 % des trains Corail et 50 % du trafic en région parisienne. La circulation des transports en commun devrait être perturbée dans une trentaine de villes, avec selon la RATP, deux métros sur trois. Des arrêts de travail sont aussi prévus à Air France et dans les aéroports.

 

 

Education.
Les sept fédérations de fonctionnaires s'associent au mouvement. L'accueil des élèves devrait être inégal dans les écoles, les collèges et les lycées. Des arrêts de travail sont prévus à La Poste, à France Télécom, à EDF-GDF, dans les branches de la chimie, de la construction...

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